Sur une page vierge ou sur une toile blanche, c’est dans ce café mythique que sont nés, depuis plus d’un siècle, tous les mouvements artistiques qui ont changé notre vision du monde.

Quand le 21 mai prochain, le festival de jazz de Saint-Germain fera vibrer saxos et contrebasses, sous le clocher le plus fameux de Paris, nul doute que bien des fantômes des années 30 aient envie de se trémousser à nouveau sur le rythme d’un ragtime trépidant. On ne serait pas surpris de voir les ombres de Sartre et de Boris Vian, revenir parmi nous pour célébrer cette musique qu’ils ont tant contribué à défendre. Il faut dire qu’à Saint-Germain, ils sont chez eux et tout particulièrement aux Deux Magots dont ils ont été les hôtes privilégiés. Que ce soit sur les fauteuils en rotin, adossés à la devanture ou sur la terrasse, que Catherine Mathivat, la présidente, recrée et embellit chaque été, les beaux noms de la littérature des années 30-60 y ont tous leur place attitrée. Car c’est là, sous le patronage des mythiques statues chinoises que le mouvement surréaliste a vu le jour. Entre Antonin Artaud électrique, Aragon qui rêvait d’Elsa et Éluard envoûté par l’écriture automatique, c’est de ce café qu’André Breton a lancé une révolution culturelle qui allait déferler sur le monde entier. Ainsi, en moins d’une décennie, les artistes de toute l’Europe ont convergé vers les Deux Magots pour rencontrer l’avant-garde révolutionnaire de la littérature. Que serait devenues la peinture de Picasso, les sculptures de Giacometti, s’ils n’avaient croisé à un moment clé de leur vie les personnalités exceptionnelles de Breton ou de Sartre ? Car après-guerre, c’est le couple mythique Sartre-Beauvoir qui écrit, aux Deux Magots une nouvelle page de l’histoire de la pensée avec l’existentialisme dont l’inspiration retentit encore aujourd’hui. Pour preuve, l’exposition consacrée à cette époque que la peintre Eva Pelles installera, au mois de mai, aux murs du café mythique de Saint-Germain. Sans nul doute y croisera-t-on le 16 juin prochain lors des fameux déjeuners pères-filles quelques célébrités ou hommes d’affaires en vue ou l’ombre de Stefan Zweig, un carnet raturé à la main… ou encore James Joyce qui, tel Rastignac de Balzac, s’assit un jour en terrasse et se jura de bouleverser la littérature.
Pari gagné.
C’est toujours aux Deux Magots que s’écrit l’avenir de l’art.

 

6, place Saint-Germain-des-Prés, 75006 Paris.
Tél. : 01 45 48 55 25
www.lesdeuxmagots.fr